"Dernier livre paru"

 

reves fregni

 

L’automne en Provence est limpide et bleu, ce n’est pas une saison, c’est un fruit : les touristes sont partis, la nature exulte dans une profusion de couleurs et d’odeurs. Mais si l’écrivain-flâneur célèbre avec sa sensualité coutumière Manosque et la campagne provençale, il est avant tout attentif à ceux qui vivent dans les recoins de la société, les pauvres, les fous, les errants dont il se sent frère, et dont il parle sans apitoiement. Les femmes sont aussi très présentes, les servantes d’auberges longuement contemplées, ou Isabelle, « la fiancée des corbeaux », auprès de qui l’écrivain trouve paix et bonheur.

Qu’il s’agisse de raconter la mort d’un chat ou la surprise d’entendre une femme qui jouit dans la maison voisine, à chaque page de ce livre vibre une      émotion simple et sincère.



Extrait :


" Nous suivions un bon moment ce chemin, quand mon père commençait à transpirer dans sa veste de treillis, nous nous arrêtions pour déjeuner. Ces petites vignes aux grappes violettes, aussi dures que les plombs dans la cartouche, donnaient un vin âpre et râpeux, que faisaient semblant d’apprécier les propriétaires de tous ces cabanons. Mon père avait repéré deux ou trois treilles de muscat ou de clairette. Il appuyait son fusil contre un muret, coupait deux belles grappes noires ou blondes, avec son Opinel et on s’installait dans l’herbe, entre deux raies de vignes. C’était pour nous deux le meilleur moment de la matinée.
Il tirait de son carnier deux tommes de chèvre recouvertes de sarriette, un morceau de pain qu’il partageait et, à part peut-être de ramener un beau lièvre de cinq kilos, rien n’égalait cet instant magique. Une tomme de chèvre, une grappe de muscat et un bout de pain, juste avant l’automne, dans le silence doré des collines, si loin de l’odeur de la craie, de l’encre, de la peur physique d’être interrogé. Mon père ne disait pas un mot. Nous écoutions septembre. Mon père ne m’a jamais dit un mot. Nous marchions en silence, nous mangions en silence et chacun faisait sa vie".

 

Grand prix littéraire de Provence 2016

Commentaires   

+5 #2 HEBANT Monique 01-03-2016 18:04
bonjour René

C'est avec un grand plaisir que j'ai lu "Je me souviens de toi vos rêves" arrivés chez moi par l'intermédiaire de Françoise, avec une jolie dédicace
Ce livre se lit très facilement et j'ai particulièremen t apprécié le style et la profondeur des idées abordées sous des aspects futiles.
Merci pour ce moment de bonheur dans la grisaille parisienne
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+8 #1 benard 09-02-2016 20:12
J'adore. Un Nouveau Giono est né. Très belle écriture, puissantes évocations de l'automne. Un lyrisme décoiffant. Plus fort que la "fiancée". Un texte très profond,sensibl e à fleur de peau, beaux portraits des personnages qui passent dans tes yeux ou dans ta vie. beaucoup de mélancolie et de nostalgie. Merci de ce beau moment.
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