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ville"Marseille, en cette fin d'été, sentait l'urine, le gaz d'échappement et l'inquiétude. Les pigeons s'abattaient de plus en plus nombreux sur les toits de la ville. Seul, sur un puissant sccoter de couleur blanche, un homme fonçait dans les quartiers Sud, il prenait en chasse les trafiquants de drogue et les exécutait froidement au 11.43. Une sorte de "nettoyeur" qui glaçait le dos des voyous, intriguait les lecteurs de journaux à l'heure du café et ne déplaisait pas à tous ceux qui regardaient Marseille s'enfoncer dans la crasse, la misère et la violence.

Vingt-et-un règlements de comptes depuis le début de l'année, des corps criblés de balles ou retrouvés calcinés dans des carcasses de voitures volées, sous les barres blanches de Campagne-Lévêque, de la Castellane, du Plan d'Aou ou plus au sud dans les quartiers de La Cayolle, de la Soude ou de Bel-Air.

Des cités interdites où des adolescents illettrés et amoraux, parfois armés, roulaient à tombeau ouvert, sans casque, sur des scooters flambant neufs. Des colosses de béton écrasant d'anciens villages aux tuiles plates avec jardins. De vertigineuses parois d'ombre au-dessus de quelques vieilles glycines aux grappes de fleurs mauves qui écartent depuis cent ans les barreaux rouillés d'une clôture au fond d'une impasse.

Une sénatrice en appelait à l'armée, les préfets valsaient, les caïds valsaient, les cartons d'emballage des fast-foods valsaient sous le fouet du mistral.

Seules les îles étincelaient au loin dans une plaque de cuivre et d'étain dressée contre le ciel.